Le Crabe des Arts

Linda Blanchet : mettre en scène à hauteur d'homme


On avait adoré sa dernière pièce "Le voyage de Miriam Frisch " jouée au TNN en février dernier et on avait hâte d'en savoir plus. La metteuse en scène, originaire de Nice, Linda Blanchet nous livre les clés de son travail et de son talent.


Linda Blanchet : mettre en scène à hauteur d'homme

Comment es-tu venue au théâtre et plus précisément à la mise en scène ?

Un peu par hasard. Je faisais des études poussées dans un tout autre domaine et je me suis inscrite dans un atelier de pratique théâtrale. Petit à petit, le théâtre a pris de plus en plus de place dans ma vie jusqu’à ce que je décide de ne faire plus que ça. Je suis partie étudier le théâtre à l’Université de Berkeley en Californie, où j’ai pris des cours de pratique théâtrale et de mise en scène. Puis, j’ai complété ma formation avec le Master Mise en scène et dramaturgie de Nanterre. La mise en scène s’est imposée assez rapidement. J’aime être spectatrice. Etre metteuse en scène, c’est apprendre à être à l’écoute de ses sensations et à toujours regarder comme la première fois. 

Personne ne voit la vidéo
Personne ne voit la vidéo

Tu as fondé ta compagnie Hanna R en 2007. Quel en est le projet artistique ?

Ma première création était une pièce du dramaturge anglais Martin Crimp, Personne ne voit la vidéo, dans laquelle j’avais envie de parler du monde du travail. Depuis, mon désir de metteuse en scène s’est peu à peu affiné. J’ai adapté deux romans pour la scène : L’homme des plages d’après Patrick Modiano et Un homme qui dort de Georges Perec, dans lesquels j’explorais le récit de soi, notre rapport à l’identité et à la mémoire. Pour ma dernière création, Le voyage de Miriam Frisch, j’ai décidé de m’affranchir des textes et de partir d’un témoignage. Le processus a été passionnant, entre travail de documentariste et écriture avec les comédiens au plateau à partir des matériaux récoltés. C’est une façon de travailler que j’aimerais poursuivre sur mes prochaines créations. Depuis 4 ans, je m’intéresse beaucoup à l’autofiction au théâtre, à la façon de porter un témoignage sur une scène. J’explore avec les interprètes de la compagnie comment écrire des projets qui soient à la frontière du réel et de la fiction, des formes qui mélangent théâtre, matériau documentaire, musique…

Dans Le voyage de Miriam Frisch, ton dernier spectacle joué à Paris et à Nice, tu rapproches dans le même espace acteurs et spectateurs. Quels enseignements en tires-tu ?

Le voyage de Miriam Frisch
Le voyage de Miriam Frisch
Pour Le voyage de Miriam Frisch, j'ai choisi de placer spectateurs et interprètes autour d’une même table. Le spectacle aborde, à travers l’histoire d’une jeune allemande partie 7 semaines en kibboutz, la transmission, le rapport à notre mémoire et la façon dont on se réapproprie son Histoire. Il était important pour moi que le spectateur soit immergé dans le dispositif. C’était une expérience très forte : on a joué le spectacle 25 fois devant des publics très différents, et les rencontres étaient à chaque fois très riches. A la fin des représentations, les spectateurs restaient souvent autour de la table pour partager leurs propres histoires de famille. C’était très émouvant. J’ai envie de continuer à imaginer des dispositifs singuliers dans lesquels le spectateur change de sa place habituelle. 

L'homme qui dort au TNN saison 2013-2014
L'homme qui dort au TNN saison 2013-2014

Tes deux derniers spectacles ont été joués au TNN. En quoi cette collaboration est importante pour toi ?

En tant qu’artiste accompagnée par le TNN, je suis très chanceuse ! Etre metteuse en scène, c’est souvent porter des projets longtemps et parfois seule. Réussir à faire naître un spectacle est toujours un défi de patience et d’obstination. L’équipe du TNN me soutient, m’épaule, me réconforte depuis longtemps. C’est un endroit dans lequel je me sens bien et que j’aime depuis de nombreuses années. C’est un peu comme une maison.

Tes projets en cours et à venir ?

Le voyage de Miriam Frisch poursuit sa route : il sera repris à Paris et dans le sud au début de l’année 2018. Irina Brook m’a également proposée, ainsi qu’à plusieurs autres artistes, une carte blanche pour créer une forme à l’occasion des 50 ans de Mai 68. C’est un projet très enthousiasmant en cette période troublée. Je travaille aussi sur deux nouveaux spectacles qui devraient voir le jour à la fin de l’année 2018 : un spectacle pour le très jeune public et un nouveau projet, encore à la frontière de plusieurs domaines. A l’extérieur de ma Compagnie, j’ai la chance de collaborer depuis 4 ans avec David Lescot et je participerai à la création de sa prochaine pièce Les Ondes magnétiques qui sera jouée la Comédie française en mai prochain. 
Linda Blanchet : mettre en scène à hauteur d'homme

Propos recueillis par Jérôme Sieurin, Juillet 2017

Rédigé le Dimanche 9 Juillet 2017 | Lu 237 fois | 0 commentaire(s)



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