Le Crabe des Arts

Ecrit et mis en scène par Julie Timmerman, ce spectacle autour de la vie du célèbre publicitaire américain Edward Bernays renoue à merveille avec la tradition brechtienne du théâtre politique. Il a d'ailleurs reçu le coup de coeur de la presse du festival off 2017.


UN DEMOCRATE - AVIGNON OFF 2017
"Un Démocrate" met en scène quatre comédiens qui incarnent tour à tour, en plus du héros principal Eddy Bernays, une foule de personnages qui croisèrent la route extraordinaire d'un des plus grands propagandistes du XXème siècle, créateur des "relations publiques" et du marketing moderne,  représentant du soft power capitaliste américain. Comme dans un jeu de domino scénique, chacun des comédiens entre et sort de l'histoire, se passant le relais en changeant de voix, de gestuel, de corps. Comique et sérieux y alternent avec fluidité. On assiste ainsi à une danse virtuose, au rythme effréné, capable, en une heure et quart, de raconter avec force détails, une vie qui dura plus de cent ans (Bernays mourut en effet à âge de 103 ans, comme quoi le cynisme, ça conserve !).
Rappelons que Bernays était né à Vienne en 1891. Fils d'un commerçant de grains, émigré très tôt aux Etats-Unis, ll avait la particularité d'être le "double neveu" de Sigmund Freud. Le célèbre psychanalyste apparaît d'ailleurs à maintes reprises dans le spectacle, vivant ou mort, réel ou rêvé, se dédoublant même, toujours joué dans la pénombre. Silhouette fumant le cigare, parlant de sa voix à l'accent caractéristique, il impose sa présence comme un fantôme de l'opéra : ce tour, un des plus réussis de la pièce qui n'en manque pas, illustre à merveille combien Freud fut une figure tutélaire et écrasante de la vie de son neveu, qui, malgré son extraordinaire réussite, eu toujours à craindre les jugements même posthumes de son psychanalyste d'oncle. 

Contexte poisseux, grossièreté, famille qui se déchire et quête désespérée d'amour, il y a du Sam Shepard, voire du Tennessee Williams dans ce spectacle captivant et "borderline".


La reine de beauté de Leenane - Avignon Off 2017
Bien sûr il n'y a pas de quoi choquer et la mise en scène demeure conventionnelle, à tendance grand public. D'autant que la star Marie-Christine Barrault attire vraiment une large cible. Pourtant La reine de beauté de Leenane n'est pas un spectacle lisse, bien au contraire, il est plein d'aspérités et de fissures.
Dans ce qui s'apparente à un trou paumé et froid, là où les habitants sont peu instruits et pas du tout amènes, vit Maureen, 40 ans, avec sa mère Mag. Toutes deux se haïssent mais doivent pourtant faire avec, car la vieille Mag ne peut plus s'occuper d'elle-même et sa fille Maureen n'a jamais rencontrer un garçon avec qui faire sa vie.
Avec son lieu unique, La reine de beauté de Leenane s'apparente à un huis clos âpre, avec quatre personnages aux contours flous. Ainsi il est difficile pour le spectateur de discerner les véritables enjeux de chacun des protagonistes, et c'est ce qui fait la force de ce texte qui réserve de belles surprises. Les caractères sont nuancés, disposant de plusieurs facettes, et donnent du relief aux situations. On a également droit à une bonne dose de suspense, avec des messages écrits à transmettre ; mais délivrer une lettre avec un être malhonnête au milieu, ce n'est vraiment pas évident.

Ne vous laissez pas intimider par son aspect "jeune adulte", cette adaptation ô combien rafraîchissante plaira vraiment à tout le monde. C'est pétillant et sarcastique, on vous dit !... Alors foncez !


Les petites reines - Avignon Off 2017
Adaptée d'un roman jeunesse éponyme, la pièce Les petites reines devient, sur le plateau, un spectacle vivifiant et plein d'énergie. Il met en scène trois adolescentes, gagnantes à leur insu du concours de boudins organisé officieusement dans leur établissement. Mais les trois jeunes filles ont du bagout et une soif rageuse de justice. Ainsi, elles vont s'allier et s'embarquer dans une aventure rocambolesque et saugrenue.
On passe du rire à l'émotion sincère tandis que l'épopée est menée tambour battant, et avec brio, par la sémillante Manon Combes qui, habitée par une fougue intarissable, semble tirer tout le spectacle vers l'avant. L'implication de la comédienne est particulièrement notable et elle nous donne envie, à nous spectateurs, de suivre son personnage de Mireille partout dans ses folles aventures. D'autant que la pièce, très colorée et vive, devient aussi vibrante qu'acidulée !

D'une brûlante actualité à l'heure du fameux syndrome de l'épuisement professionnel, dit burn out, voici une pièce énergique, cocasse et engagée ; à voir d'urgence !


Débrayage - Avignon Off 2017
Pas facile de travailler en entreprise ! Débrayage est une œuvre qui met en scène des employés sous pression, côtoyant l'embauche ou le licenciement, mais surtout le stress lié à l'emploi. Pourtant la pièce n'est pas du tout prise de tête, au contraire, elle sert d'exutoire à ses hommes et ses femmes qui pètent les plombs, de manière salvatrice, pour notre plus grand plaisir de spectateur.
Débrayage fait partie du théâtre contemporain, dans toute la noblesse de cette appellation. Les lieux sont indéfinis, le texte cède souvent la place à la chorégraphie des corps et les personnages sont presque anonymes. Sans compter que la machinerie se fait depuis le plateau. Malgré tout, la cohérence de l'ensemble laisse pantois, et la succession de situations concrètes, prises sur le vif, crée une frénésie captivante.
Vous l'aurez compris, urgence et causticité sont les maîtres mots de cette mise en scène signée Nicolas Pichot.

Voici notre coup de cœur de ce festival, cuvée 2017, un spectacle étrange, macabre et fascinant. Osez pénétrer dans l'univers irréel et décalé du Munstrum Theatre !


Le chien, la nuit et le couteau - Avignon Off 2017
Le noir se fait, une composition rock de PJ Harvey se fait entendre et, peu à peu, un homme étendu cherche à se relever. Il ne sait pas ce qu'il fait là et ne tarde pas à être accosté par un type avec un grand couteau. Nous sommes dans l'obscurité d'une ruelle sans issue et, d'une certaine manière et malgré les divers lieux visités, nous y resterons jusqu'au bout. Car le spectateur est immédiatement pris au piège, tout comme le héros sur la scène, d'un cauchemar éveillé dont personne ne sortira indemne.
À la manière des personnages de Kafka, le héros, au fil de ses rencontres, ne parviendra plus à se dépêtrer d'une situation dans laquelle il s'enlise et qui ne fait que s'aggraver. On peut y lire une formidable métaphore sur la façon dont le monde vous transforme et vous façonne, à mesure que vous y survivez, en finissant par devenir comme ceux que vous côtoyez.

D'après le scénario original du film éponyme de Bergman, voici un drame véritablement poignant, dans lequel tristesse et joie se télescopent jusqu'à trouver un juste équilibre : à ne pas rater !


Au seuil de la vie - Avignon Off 2017
Dès l'entrée en matière, la tension nous happe : Une femme enceinte déboule à l'hôpital, tiraillée par d'insupportables maux de ventre, et l'on se demande si elle ne va pas perdre son enfant.
Au seuil de la vie narre le destin de trois femmes hospitalisées qui vont traverser de lourdes épreuves et tenter de s'épauler dans la tourmente.
Évidemment, nous sommes en plein drame et l'histoire qui se joue sous nos yeux nous secoue d'une véritable émotion. Pourtant les moments de tristesse n'asphyxient pas le spectacle, car ils sont spontanés et sincères. Et au fil des minutes, on s'attache de plus en plus aux personnages qui se dessinent et apparaissent, dans leur singularité et leur défaut, comme terriblement humains.
Autre atout du spectacle : bien que la maternité soit au cœur du débat, et qu'il n'y ait que des protagonistes féminins, avec trois patientes et une infirmière, Au seuil de la vie s'adresse tout aussi bien aux hommes qu'aux femmes et chacun pourra y trouver son compte.

On avait adoré sa dernière pièce "Le voyage de Miriam Frisch " jouée au TNN en février dernier et on avait hâte d'en savoir plus. La metteuse en scène, originaire de Nice, Linda Blanchet nous livre les clés de son travail et de son talent.


Linda Blanchet : mettre en scène à hauteur d'homme
Un peu par hasard. Je faisais des études poussées dans un tout autre domaine et je me suis inscrite dans un atelier de pratique théâtrale. Petit à petit, le théâtre a pris de plus en plus de place dans ma vie jusqu’à ce que je décide de ne faire plus que ça. Je suis partie étudier le théâtre à l’Université de Berkeley en Californie, où j’ai pris des cours de pratique théâtrale et de mise en scène. Puis, j’ai complété ma formation avec le Master Mise en scène et dramaturgie de Nanterre. La mise en scène s’est imposée assez rapidement. J’aime être spectatrice. Etre metteuse en scène, c’est apprendre à être à l’écoute de ses sensations et à toujours regarder comme la première fois. 

Passée relativement inaperçue fin 2016, Dirk Gently est pourtant une série originale, dynamique et fort bien ficelée, dont l'aspect déjanté, côtoyant l'absurde, mérite amplement d'être connue !


Samuel Barnett et Elijah Wood
Dirk Gently, c'est le nom d'un détective Holistique, un personnage central qui ne sait pas comment s'y prendre pour enquêter, mais qui se fie à son instinct car il pense que tout a un sens. Il va alors faire équipe avec Todd, un employé d'hôtel dépité, afin de sauver la vie d'une personne en danger.
Inspiré du célèbre auteur Douglas adams, Dirk Gently met en scène une ribambelle de protagonistes délurés, hauts en couleur, et pour le moins disjonctés. L'enquête n'est jamais rébarbative puisque tout est fou et imprévisible au long des huit épisodes de cette première saison fabuleuse. Entre un ange de la mort sanguinaire - exquise Fiona Dourif -, une bande de casseurs hystériques et une autre de tueurs demeurés, les scènes d'action sont nombreuses et cinglantes. De plus, l'excentricité de Dirk - génial Samuel Barnett costumé comme une vedette pop - va marquer un contrepoint jubilatoire avec Todd - Elijah Wood totalement terre à terre. Sans compter que des faits inexplicables se succèdent - on retrouve les traces d'un requin-marteau dans une chambre d'hôtel transformée en scène de crime - et que la pagaille s'installe durablement.
Vous l'aurez compris, si vous aimez le non conventionnel, foncez !

A l'affiche





Cédric Klapisch nous livre un très bon cru, un film typiquement français, qui parle vignoble et fratrie et qui joue brillamment avec nos émotions ; à découvrir !


Ce qui nous lie
Voici l'histoire d'un domaine viticole bourguignon et de ses héritiers, à savoir deux frères et une sœur qui doivent prendre en main la terre familiale et en superviser les vendanges, car leur père est mourant.
Ce qui nous lie débute avec une confession d'adulte mêlée à des souvenirs d'enfance. Et c'est l'essence même de l'univers cinématographique de Klapisch qui s'offre à nous. Ce mélange d'énergie et de fougue de la jeunesse allié à une profonde nostalgie. Tout comme dans Le Péril jeune ou L'Auberge espagnole, ses grands succès, le réalisateur cherche constamment, dans les moments décisifs de la vie de ses personnages, à retrouver la vérité de leur sentiment mêlé et ce qui les meut. Et nul doute que tous ceux qui ont un frère ou une sœur seront touchés par ce film aussi émouvant qu'esthétiquement soigné.

"Orange is the New Black" revient en force ! Jenji Kohan signe une cinquième saison survoltée, Netflix ne s'en lasse pas et nous non plus !


Orange is the New Black - Saison 5
Rien ne va plus à Litchfield... Hors de contrôle, les détenues ont pris les commandes de la prison et le personnel en otage. Pour survivre, elles vont devoir s'unir mais dans un huis clos avec 300 personnes et un seul pistolet pour faire régner l'ordre, cela ne présage rien de bon pour l'unité du groupe...

Un peu plus longue à démarrer que les saisons précédentes (1234), l'action de cette cinquième saison se fait désirer mais, une fois lancée, la série prend son envol. En résumé : une révolte d'à peine trois jours étalée sur treize épisodes à la fois barrés, polémiques et déconcertants.
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